Connaissez-vous le sens caché de Matrix? Vous êtes pourtant directement concerné

Tandis que le quatrième opus de la saga d’anthologie des frères Wachowski est en cours de tournage et promet de nous en mettre plein la vue, les initiés savent déjà que Matrix est bien plus qu’une simple saga cinématographique. Il s’agit en réalité d’une véritable critique de nos sociétés modernes à la merci d’un système totalitaire marchand transformant jusqu’à notre environnement à son image et nous emprisonnant ainsi dans une projection du monde falsifiée dans son intérêt, ne correspondant aucunement à la réalité et qui demeure pourtant la seule que nous connaissons. Cette projection est notre réalité. Comment le génie des réalisateurs a-t-il pu rendre accessible une phénoménologie en premier lieu fondamentalement philosophique relevant de l’idéalisme, au néophyte et lui permettant ainsi de s’en imprégner ?

Matrix, un message philosophique traduit en termes socio-économiques

Tout philosophe vous expliquera que Matrix aborde la question de la consistance du réel. Tôt ou tard, ce philosophe sera amené à vous exposer la confrontation entre les deux principales écoles philosophiques, à savoir le matérialisme philosophique et son opposé, l’idéalisme. Il existe beaucoup de nuances dans chacune des écoles. Nous n’en aborderons qu’une seule ici et très brièvement, car il ne s’agit pas du sujet du papier. En ce qui concerne Matrix, il s’agit de la question du monde en tant que simulation informatique. Dans ce monde, tout ce qui relèverait de la mystique et de l’ésotérique serait en réalité divers bugs des algorithmes de la simulation qui nous feraient percevoir la réalité en dehors des lois qui la définissent.

La simulation informatique expliquerait alors le paranormal. Dans la simulation, comme dans le film, il y aurait des esprits organiques et des programmes qui imitent à la perfection les esprits naturels. D’ailleurs, objectivement, aucun des esprits peuplant la matrice n’aurait les moyens de vérifier s’il est réel ou s’il est simulé, dans le cas bien entendu où il est informé de la nature de la réalité dans laquelle il vit. Le seul moyen serait qu’il sorte de la simulation. Ici, nous formulons donc une nuance. Nous admettons les simulations pures. C’est-à-dire des simulation qui en plus de créer un monde de toute pièce, créent également de toute pièce les êtres qui y évolueront. Ces simulations n’ont de contact avec le réel que la nécessité d’accéder à de l’énergie.

Puis les simulations partielles en tant qu’elles sont dépendantes de l’extérieur pour y puiser le matériau de constitution de leur réalité virtuelle, ou encore qui sont peuplées d’esprits dont les corps de matière, sont à l’extérieur ou les deux. Et c’est précisément “les deux” la catégorie à laquelle appartient l’univers du film Matrix. Il est intéressant de noter que la matrice dans le film simule une réalité calquée sur le monde réel. Lorsque la question à été posée à l’agent Smith, pourquoi ne pas avoir créé un paradis, il a répondu “nous l’avons fait, ca a été un désastre. L’humain n’est pas fait pour la félicité”. Un message fort, qui justifie également la nécessité pour la matrice de s’astreindre à générer une réalité virtuelle calquée sur le réel.

La matrice en tant que système totalitaire marchand

Le monde dans son intégralité est régi par un système socio-économique qui nous force à adopter un comportement spécifique afin de subvenir à des besoins qui jadis étaient satisfaits librement par chacun à sa manière. Le comportement forcé, l’est également par en ce que ce même système nous expose en permanence à des tentations qui s’adressent à nos instincts les plus bas pour nous garder sous leur poids et ainsi nous empêcher de prétendre à l’émancipation.  Par son contrôle sur la ressource le système fait de nous des esclaves forcés de se soumettre à lui pour accéder à la seule source de subsistance qui demeure, celle qu’il gère. Les liens de subordination violents se multipliant, le système marchand à également pour préoccupation la nécessité de garder loin de notre appréciation, une réalité qui si elle était portée à la connaissance de la raison de tous mènerait inexorablement à un renversement fondamental de l’ordre établit.

Alors le système ruse, il nous divertis, oriente notre attention loin des véritables centres de préoccupation en jouant sur l’instinct de conservation des humains. C’es-à-dire, soit sur la peur en s’appuyant sur l’impuissance du peuple à accéder à l’information autrement que par les voies qu’il propose, soit sur l’assouvissement des besoins primaires en faisant en sorte que les gens soient obligés de se préoccuper de leur survie et uniquement de celle-ci. Une nécessité de survivre qui mène à notre division. Le système pour nous asservir, dispose dans son panel d’une autre carte, très puissante. Par les voies de communication qu’il a développé, en s’appuyant sur les tendances naturelles des humains à être sensibles au divertissement, dans tous les sens que peut prendre ce terme, l’appareil consumériste transmet son idéologie, persuade des milliards de personnes que celle-ci est la seule alternative possible et transforme leur vision du monde à son image. Il prive chacun de nous de la  possibilité de se connecter au monde, il ne rend accessibles que voies de connexion qui sont sous son contrôle. Privés de comparatifs, les gens prennent la seule alternative qu’ils connaissent, c’et-à-dire celle que leur propose le système, comme allant de soi autant qu’un verre d’eau fraîche fait du bien. Or cette vision, façonnée pour les intérêts du capital, est loin de correspondre au réel.

Les lois de la nature n’obligent aucune espèce à bosser huit heures par jour, six jours sur sept. Il y a donc forcément des alternatives, cependant le système s’emploie à les occulter. Pour résumer, nous avons une population qui vit dans un paradigme factice en étant persuadée qu’il est le seul possible, ce qui est faux. Une situation qui n’est pas sans nous rappeler les propriétés de la matrice. En plus, la population est aliénée à un mode de vie basé sur la consommation outrancière qui par la dette, impose une soumission au système. Ce qui correspond aux corps humains aliénés à leurs capsules dans les champs de cultures énergétiques des machines. En parlant de capsules, tout comme dans le cas du système totalitaire marchand qui exploite les masses ouvrières perdues dans les délires hallucinatoires du marketing au profit d’une poignée de possédants, les corps humains dont les esprits sont plongés dans la matrice qui ne correspond pas à la réalité, comme le marketing, servent de piles pour alimenter 01 en électricité. Une sordide affaire n’est-ce pas?

Par ailleurs notons au passage que le film pose la question de la résignation ou de la révolte. Accepter son sort et vivre une vie relativement confortable et normale mais soumise et virtuelle, ou accepter de devenir un déviant, avoir une vie riche certes, mais pas franchement confortable ni sûre. La vérité n’ayant pas de prix, les âmes vertueuses acceptent le sacrifice, tandis que les couards retournent se terrer dans le monde artificiel de leurs maîtres. Le fameux choix de la pilule rouge ou de la pilule bleue. Le plaisir, n’est après tout qu’un signal électrochimique dans le cerveau. Qu’il soit réel ou virtuel, il est toujours virtuel en réalité. Le choix de la soumission c’est aussi le choix du confort. Un confort virtuel comme celui que pourrait proposer le réel, puisque dans les deux cas, il ne s’agit ni plus ni moins que de signaux dans le cerveau. Le choix de la révolte c’est celui de l’inconfort, mais c’est aussi celui d’écrire l’histoire et d’accéder à la vérité. Ce qui revient à dire, le choix d’avoir Dieu pour interlocuteur direct. Existe-t-il seulement un privilège plus immense?

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